CE QU'IL RESTERA DE NOUS

Si par hasard, tu croisais ma route, je n'ai pas de mal à  croire qu'absorbé par tes pensées, tu ne me regarderais pas. Pire même; tu ne m'apercevrais pas. Et pourtant, c'est bien toi, un jour, qui m'a placé exactement là où je me trouve, à  cet endroit précis. Je ne t'en veux pas, parce que moi-même je ne sais plus vraiment ce que je fais là . Les pieds ancrés dans la terre, j'ai à  force perdu la notion du temps. 

 

Dans ce projet, il y a l'envie de partir d'objets délaissés purgeant leur peine au royaume de l'invisibilité. Des laissés pour compte, comme déposés là par accident, fondus dans le paysage, en attente que quelqu'un ou quelque chose leur donne vie, ou du moins les regarde.

 

Des "choses", des "trucs" sans attraits qu'on peine parfois à nommer, rencontrés au hasard et au détour d'une balade devant lesquels je décide de m'arrêter. Je leur trouve alors une certaine beauté : je me mets à les observer, les détourner, à les sublimer. Et si à force d'indifférence, ces objets se mettaient à disparaître spontanément d'ici quelques années, quelques siècles : une extinction massive organisée, vous y croyez ? Parce que vexés de n'avoir pas réussi à susciter l'émotion, l'intérêt chez l'Homme avant que l'Homme ne se charge lui-même de leur disparition, sans une once d'empathie.

CLAIRE VANDAMME ©