CE QU'IL RESTERA DE NOUS

« Vois les arbres, ils sont ; les maisons que nous habitons, elles existent encore. Nous seuls passons le long de tout comme un échange d’air. »

Si par hasard, tu croisais ma route, je n'ai pas de mal à  croire qu'absorbé par tes pensées, tu ne me regarderais pas. Pire même; tu ne m'apercevrais pas. Et pourtant, c'est bien toi, un jour, qui m'a placé exactement là où je me trouve, à  cet endroit précis, par fierté, par habitude ou sans te poser de questions. Je ne t'en veux pas, parce que moi-même je ne sais plus vraiment ce que je fais là . J'ai les pieds ancrés dans la terre, et pourtant je me sens déraciné. J'ai à  force perdu la notion du temps. 


 

Dans ce projet, il y a l'envie de partir d'objets qui à force d'évidence finissent par devenir invisibles par le désintérêt qu'ils provoquent ou le besoin urgent d'oublier qu'ils suscitent. Ces vestiges ancrés dans notre quotidien, ces « laissés-pour-conte » nous racontaient une histoire ou une part de l'Histoire hier, mais peinent à se raconter aujourd'hui. Ces lieux, ces objets, fonctionnels ou non, qui font partie de la Mémoire, qu'elle soit collective ou personnelle, représentent un temps qui dépassent leur présence. On peut y voir une expression de la ruine : dernières fondations, derniers témoins à la force évocatrice. Une force capable d'éveiller un manque, de nous replonger dans la perte de quelqu'un ou quelque chose. Voilà l’essentiel de la ruine.
Des objets qui au fil de l'usure du temps et la destruction provoquée par l'homme s'abîment, se dessèchent, se craquèlent pour devenir traces avant de disparaître, ensevelis ou réduits à néant. 


 

Mais que restera-t'il de nous ?

 

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CLAIRE VANDAMME ©